Réchauffé quelques jours par l'espoir d'un changement radical, par l'envie de se faire entendre, porté par sa propre audace et par une rumeur qui enflait depuis longtemps déjà (2), il a voulu croire qu'il pourrait changer les choses, modifier le cours de son histoire.
Mais voici que les vacances se profilent, et arrive l'hiver qui pointe le bout de son nez rougit. Parlons donc de manifestation, quand vous ne sentez plus ni vos orteils, ni vos oreilles, quand l'air glacé vous brûle la gorge, quand votre corps n'est plus qu'une immense masse frissonnante et reniflante.
La torpeur s'est emparée de lui.
Et maintenant?
Il a froid. Il s'emmitoufle comme il peut dans ses pulls, tremblant près du radiateur de sa salle de classe (3).
Il somnole donc sur sa chaise, le regard perdu quelque part entre le haut du tableau et le plafond.
La fin est proche, il le sait.
Il la sent s'esquisser dans ce faisceau de poussière qui tombe sur sa main, dans le ciel flamboyant de l'aube. Mais il sourit. Il n'a pas peur, il sait qu'elle a toujours été là. Dans une danse macabre il se joue d'elle.
La fin est proche, mais il n'est pas encore temps.
Imaginons un instant qu'il s'endorme... Et si, dans son sommeil, il rêvait? Et s'il rêvait qu'il allait au ciel cueillir une fleur aussi belle qu'étrange, sa liberté? Et si, à son réveil, il avait cette fleur entre les mains? S'il prenait conscience qu'il est maître de son destin, que se passerait-il alors? (4)
Lui qui semble assoupi, il rêve de changement.
(1) Oui lecteur, je t'aime, alors je prends soin de toi.
(2) Et... Qui sait ? Par l'idée d'une gloire posthume peut-être ?
(3) Petite parenthèse accordée aux ingénieurs et architectes qui, après avoir conçu des volets qui s'ouvrent de l'extérieur et des couloirs en hommage aux claustrophobes, se sont dit qu'un système de chauffage qui cesse de fonctionner à 0°c serait une conclusion honorable. Que ferions-nous sans eux?
(4) Détournement scandaleux du poème du critique et poète anglais Samuel Taylor Coleridge (1772 - 1834) What if you slept?
